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avion, copyright Pamela Reyes

Compensation carbone & transport aérien

Résumé

Il est possible de compenser vos émissions de carbone, dues notamment à votre trajet en avion. Bien entendu, cela n’annule pas l’impact de vos déplacements sur la planète, mais vous permet d’en compenser les méfaits en soutenant un ou des programmes de réduction des gazs à effet de serre. Nous avons effectué pour vous une sélection parmi les différents organismes européens de vente de crédit carbone, voici ceux que nous vous recommandons :

      

Le transport aérien

Contexte global

Impact de l’aviation sur les changements climatiques

Augmentation du trafic aérien

Responsabilité des transporteurs aériens

La compensation carbone

L’éco-responsabilité des voyageurs

Qui sont les organismes ?

Comment évaluent-ils la valeur de vos émissions ?

Les critères de sélection des projets

Financer quel type de projet ?

Les certifications

Les organismes de vente de crédits carbones

Les limites du concept de compensation carbone

Bibliographie

Le transport aérien

Contexte global 

Depuis le protocole de Kyoto en 1992, le CO2 d’origine anthropique est reconnu comme étant un des gaz à effet de serre (GES), facteur important du réchauffement climatique. Le tourisme a une part importante dans le processus puisqu’il représente à lui seul 5% des émissions mondiales de CO2. Les ¾ de ces émissions étant liées au transport (et notamment à l’aérien).

Impact de l’aviation sur les changements climatiques

 

L'influence de l'aviation sur le changement climatique est de plusieurs natures. Le GIEC a identifié trois phénomènes ayant un impact sur le changement climatique.

  • La modification de la quantité des gaz à effet de serre dans l'atmosphère de manière directe (CO2) ou indirecte (oxydes d'azote) : Le CO2 est un des principaux produits de la combustion du kérosène. Sa production est reliée à la masse de carburant par un ratio constant : une tonne de kérosène produit toujours 3,15 tonnes de CO2. Les oxydes d'azote (NOx) ne sont pas des gaz à effet de serre, mais ils interviennent de manière indirecte sur le changement climatique. Ils sont responsables de la création d'ozone et de la destruction du méthane, tous deux des gaz à effet de serre.
  • La formation de traînées de condensation : Associées aux émissions de vapeur d'eau, les émissions d'oxydes de soufre et de particules entraînent la formation de traînées de condensation. Celles-ci couvrent environ 0,1% de la surface de la Terre. Similaires à de fins nuages d'altitude, elles réchauffent l'atmosphère par leurs propriétés optiques.
  • La modification de la nébulosité des cirrus : Lorsque les traînées de condensation deviennent persistantes, elles se transforment en cirrus, des nuages d'altitude qui recouvrent de manière naturelle environ 30% de la surface de la Terre. Les cirrus produits par les traînées de condensation recouvriraient entre 0% et 0,2% de la surface du globe.

Augmentation du trafic aérien 

L’Organisation Mondiale du Tourisme observe une augmentation du nombre de touristes, de l’ordre de 5% par ans, ce qui, logiquement, aura des répercutions directes sur les émissions de CO2. En France, depuis 1990, les émissions de l’aviation ont progressé de 57% passant de 13,2 millions de tonnes à 20,7 millions de tonnes en 2009, pour un trafic en croissance de 148% sur la même période.

À moyen terme (2020), les émissions mondiales de l'aviation devraient progresser au rythme de +3,3% par an. Au niveau européen, la Commission européenne estime que les émissions du trafic aérien devraient progresser plus rapidement, de l'ordre de +4% l'an d'ici à 2020.

Responsabilité des transporteurs aériens  

Les transporteurs aériens mettent en avant les progrès fais en terme de consommation par passager kilomètres (allègement des avions, amélioration des moteurs et de la gestion du trafic aérien). Mais ces progrès sont largement annulés par l’augmentation du nombre d’avions et des kilomètres parcourus.

De plus, contrairement aux carburants automobiles, le kérosène des avions n’est pas taxé, ce qui est loin d’inciter les transporteurs à voir leur consommation à la baisse !

La compensation carbone  

La compensation de nos gaz a effet de serre a pour objet de contre balancer une partie des nuisances générées par notre mode de vie. Compenser un déplacement consiste à évaluer la quantité de Gaz à Effet de Serre (GES) émise pour ce déplacement et à financer un projet censé diminuer de la même quantité les émissions de GES.

La compensation carbone consiste en un acte volontaire du consommateur. Les sommes récoltées sont gérées par des organismes privés, dans un secteur non-règlementé, qui établissent individuellement leur propres critères. Ces organismes initient ou délèguent des actions de terrain visant à stocker du carbone ou supprimer/remplacer des activités générant des GES. D’où le terme de compensation.

L’éco-responsabilité des voyageurs  

En 60 ans, notre mobilité individuelle est passée de 1500 à 4500 km par an. Le monde s’ouvre à nous, alors comment ne pas avoir envie de le découvrir ? Cela est tout à fait compréhensible, mais en adoptant un comportement responsable :

  • En limitant les trajets en avion et/ou en optimisant ses trajets en préférant le train dès que cela est rendu possible,

  • En augmentant le temps passé sur place,

  • En compensant le carbone émis. Cette compensation est volontaire. Attention: la compensation constitue tout au plus un moyen d’atténuer les effets de notre mode de vie. Il ne s’agit pas de surconsommer en imaginant de quelques dizaines d’euros suffiront à gommer nos excès !

Comment ça marche ?  

La démarche de compensation comporte trois étapes :

  1. le calcul des émissions de GES du demandeur.

  2. la conversion en coût de compensation et la proposition d'un projet de réduction de GES à soutenir

  3. le suivi et le contrôle du projet, car le client doit avoir la garantie de la réalité du "gain de CO2" obtenu grâce à son financement

Qui sont les organismes ?  

Toujours de statut privé, certains sont à but lucratif, d’autres non.

Comment évaluent-ils la valeur de vos émissions ?  

Ce secteur vivant en marge du marché réglementé, le prix de la tonne est fixé selon le bon vouloir de chaque organisme, qui dispose de ses propres critères. Aujourd’hui il existe différents sites permettant de faire en ligne une simulation pour évaluer la masse des GES à compenser en fonction d’un déplacement (ou de tous nos actes de la vie quotidienne). Nous vous recommandons celui de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie).

Les critères de sélection des projets  

Pour qu’une compensation soit supposée efficace, donc réelle, il faut réunir au minimum deux conditions :

  • Un projet de qualité (pérennité, bénéfices sociaux et environnementaux, mesurabilité des gains de CO2..),

  • Que le principe d’additionnalité soit absolument respecté; c’est-à-dire qu’il faut être certain que le projet financé, non seulement va permettre une économie d’émissions de GES, mais que cette économie n’aurait pas pu exister sans que le projet soit (co)financé par le programme de compensation.

Financer quel type de projet ?  

Les programmes de (re)forestation pour piéger du CO2 : planter des arbres ne fait que déplacer le problème dans le temps, et dans l’espace, puisque nous produisons du CO2 ici et maintenant, et plantons là-bas pour demain…on cherche à mettre en parallèle, des cycles de carbone différents, qui ne sont ni synchrones, ni de même nature. Si ce moyen est le moins sûr, c’est aussi le moins cher à mettre en œuvre. De plus, il est plus facile de communiquer sur des hectares que des kilowatt/heure immatériels.

Les programmes hydrauliques ou liés à l’efficacité énergétique : ce type de programme permet de produire des énergies renouvelables à la place des énergies fossiles. Ces deux domaines sont donc bien plus recommandables, en termes de compensation d’émissions de GES, car ils assurent la conversion de l’argent donné en non-émissions de GES.

Les certifications

  Les projets à financer sont généralement certifiés. Ces certifications varient en voici les principales :

  • Le certificat MDP – ou Mécanisme de Développement Propre. Totalement indépendant des prescripteurs, des vendeurs de projets, des réalisateurs de projets, le certificat est attribué par la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

  • Le label Gold standard : ce dernier dépend d’une fondation Suisse initiée par WWF, SSN, Helio international et est soutenu par plus de 60 ONG. Les exigences de Gold Standard vont plus loin qu’un projet MDP en imposant par exemple le critère d’additionnalité pour les projets à petite échelle.

  • Le VCS (Voluntary Carbon Standard). Il est dirigé par un comité constitué de membres d’ONG, de cabinets d’expertise, d’association d’industriels, de développeurs de projets et de clients de la compensation.

  • Le standard VER. Il a été développé par Tüv Süd, un cabinet d’expert, qui finance en partie son fonctionnement. Le comité de Tüv Süd compte 4 membres qui supervisent et gèrent les critères du standard VER+.

Tableau comparatif des standards

Certification Type de projet accepté Exigences concernant les impacts environnementaux et sociaux des projets (comparé au MDP) Prix de vente par crédits (1 T eq CO2)
MDP Tout sauf les projets nucléaires, forêt, nouveaux HFC = 14 à 30 €
Gold Standard (GS) Projets d’énergie renouvelable et efficacité énergétique + 10 à 20 €
VCS Tout projet sauf nouveau projets HFC - 5 à 15 €
VER Idem MDP sauf projets hydroélectriques - 5 à 15 €

A la lumière de ce comparatif, les labels MDP et Gold Standard apparaissent comme les plus contraignants des standards, le label Gold Standard étant le plus complet. Ils se soucient des impacts et des bénéfices sociaux et environnementaux des projets. Les autres labels restent néanmoins dans une démarche de qualité poussée et recevable.

Les organismes de vente de crédits carbones  

Il existe beaucoup d’organismes de vente de crédit carbone, nous avons listé quelques-uns et effectué une étude comparative sommaire basée sur un exemple concret : un trajet Aller/Retour en avion Paris / Bangkok (Thaïlande).

Tableau comparatif des organismes de vente de crédits carbone

  CO2Logic CLIMACT Climat Mundi CO2 solidaire Action Carbone CO2 Balance Atmosfair  MyClimate
Statut entreprise entreprise entreprise association association entreprise     Association & Agence fédérale Fondation
Siège social Belgique Belgique France France France UK Allemagne Suisse
Emission CO2 (Tonnes) 4,15 4,17 4,14 4,16 3,82 4,46 6,8 4,00
Prix 110,47 € 112,59 € 78,71 € 100 € 76,44 € 53 €
(44,6£)
158 € 99 €
(129 CHF)
% des sommes (HT) versées en ligne réservée au projet 70% Non Renseigné Non Renseigné 88% 80% 80% 80% 80%
Standards / labels MDP MDP

MDP

VCS

VER

VER VER

VCS

Gold Standard

Gold Standard Gold Standard
Nombre de projets de reforestation ou agroforesterie / nombre total de projets 0/6 0/4 0/7 0/4 6/16 0/8 0/16 0/26

Compte tenu des divers éléments de ce dossier, nous recommandons les organismes suivant pour effectuer votre compensation carbone, par ordre de préférence :
-    Atmosfair
-    My climate
-    CO2 Balance
Cela bien n’implique que nous et vous restez libres de faire appel à l’organisme de votre choix !

Les limites du concept de compensation carbone

  La compensation carbone a ses limites :

  • Compenser ses émissions de CO2 n’annule pas les pollutions autres générées par nos transports, dont on ne connaît pas toujours les effets (protoxydes d’azote, hydrofluorocarbones, etc.).
  • Il ne sera jamais possible de stocker les volumes permettant d’atteindre les objectifs de Kyoto, même en cumulant toutes les solutions techniques, dont le coût croit exponentiellement avec la technologisation et les volumes à traiter.
  • Les organismes de compensation étant non-contrôlés, on voit poindre la concurrence à celui qui évaluera nos émissions les plus basses pour un même déplacement et qui proposera la tonne la moins chère…

Bibliographie  

« Carbone et compensation de nos déplacements – le cas de l’aérien » de Pascal Lluch, 2008

« Compensation des gaz à effet de serre générés par nos voyages » de Pascal Lluch, 2010

« Etude du marché de la compensation carbone » Fortin G. et lelong B., 2009, Cythelia Consultants.

« Etude comparative des programmes de compensation volontaire de CO2 en Europe » A. Heughebaert, 2007.

« Transport aérien et changement climatique, vers une intégration de l’aviation au système d’échange de quotas d’émission » Les cahiers thématiques de la DAST, mai 2008 n°7bis.

« La compensation volontaire des émissions de CO2 » Fiche n°148 du réseau éco-consommation.