2021 bilan cybelle mediterranee

Bilan naturaliste de 12 années de sciences participatives en mer méditerranée, Programme Cybelle Méditerranée. 

Les sciences participatives consistent à collecter des informations sur la biodiversité grâce à l’aide bénévole de citoyens amateurs. Cette activité, menée principalement par des associations, permet d’accroître considérablement le niveau de nos connaissances sur la faune et la flore sauvage avec des données en grand nombre et qualitatives pour la plupart d’entre elles. Bien que la majeure partie des programmes de sciences participatives soient axés sur le milieu terrestre, quelques-uns, comme le programme Cybelle Méditerranée, se concentrent sur le milieu marin.

Cybelle Méditerranée est un programme de sciences participatives en mer méditerranée, mené depuis 2009 par l’association Cybelle Planète.

Ce programme collecte des informations sur la faune marine du large : cétacés essentiellement, ainsi que raies et requins, tortues marines, poissons pélagiques, et macroplancton… grâce à l’aide de plaisanciers effectuant des efforts d’observation et des équipiers embarquant à bord d’expéditions de volontariat.

Douze années de suivi de la faune marine du large ont permis à l’association de cumuler des milliers d’observations sur les animaux vivant sur la partie occidentale du bassin Méditerranéen. Soucieuse de l’utilité de son programme participatif, depuis 2009 Cybelle Planète partage librement ses données avec la communauté scientifique, et a ainsi pu contribuer à une vingtaine de publications et rapports scientifiques sur l’écologie et la conservation des cétacés de méditerranée.

En 2020, Cybelle Planète a finalisé un premier bilan complet concernant ses 12 premières années de programme afin d’estimer si les informations collectées uniquement par les citoyens permettent de mettre en avant des résultats significatifs concernant l’évolution des populations animales vivant au large de nos côtes.

Cette première étude a pu être réalisée grâce à la contribution de 1250 plaisanciers et volontaires en mer. Leur travail représentant plus de 4900 heures d’effort d’observation en pleine mer sur 692 jours effectifs de collecte de données, entre 2009 et 2020.

A l’issue d’un travail d’analyse et de synthèse, plusieurs résultats significatifs émergent :

Alerte pour les populations de Dauphins Bleu et Blancs

Les résultats les plus marquant sur ces 12 années de suivi concerne la population de Dauphins Bleu et Blancs, espèce de cétacé la plus commune en méditerranée nord-occidentale. Nos résultats montrent une nette diminution de la taille des groupes d’individus entre 2009 et 2020.

Le Dauphin Bleu et Blanc vit au large des côtes, c’est un prédateur qui se nourrit principalement de petits poissons, en chassant en petits groupes de moins de 10 individus. Cette espèce se rassemble aussi régulièrement en plus grands groupes dédiés à la socialisation ou au repos.

Ainsi, au fil des ans, nous observons de plus en plus de petits groupes de Dauphins Bleu et Blancs en activité de chasse, au détriment de plus grands rassemblements dédiés au repos et à la socialisation (reproduction), activités pourtant essentielles à l’équilibre de cette espèce.

Ce résultat peut s’expliquer par une diminution des ressources alimentaires c’est-à-dire des proies dont dépendent ces animaux, petits poissons pélagiques essentiellement dont les stocks peuvent être menacés par la surpêche ou par un changement climatique.

Notre étude révèle également une influence négative des hausses de la température de l’eau sur la population de Dauphins Bleu et Blancs, qui tend à décroître à des températures supérieures à 23,5°C. Une hausse inhabituelle des températures peut avoir des conséquences sur les populations de Dauphins, par exemple par la prolifération de maladies virales, ou des modifications du réseau trophique et des ressources alimentaires.

Le Dauphin Bleu et Blanc est le cétacé le plus commun au large des côtes françaises, il fait aujourd’hui l’objet de peu d’études et de suivis spécifiques. Notre analyse révèle que sur le long terme cette espèce pourrait être menacée par une perturbation de son environnement : réchauffement climatique, diminution des ressources alimentaires... Bien que ces résultats restent à être confirmés, ils peuvent faire l’objet d’une première alerte aux chercheurs, gestionnaires d’espaces naturels et décideurs.

Impact des changements globaux

Déplacement des populations

Les résultats de nos analyses indiquent un déplacement des populations de trois espèces de cétacés, le Rorqual Commun, le Cachalot et le Dauphin Bleu et Blanc.

Nos analyses montrent un déplacement de ces espèces vers des zones plus éloignées des côtes, et plus profondes pour le Cachalot. De plus, les analyses révèlent une augmentation du nombre de groupes de Cachalots au large des côtes françaises, groupes de reproduction ou matriarcaux probablement puisque les mâles ont plutôt tendance à être solitaire. Nos résultats nous laissent penser que ces populations tendent à se déplacer du large du Var et de la Côte d’Azur vers le large du Golfe du Lion.

Les mouvements de population animales ne sont pas sans impact sur ces dernières car elles doivent s’adapter à de nouvelles conditions de vie, suite à un stress conséquent, ce qui peut influencer leur comportement social, alimentaire ou de reproduction. Bien que de tels mouvements puissent être dus à plusieurs facteurs environnementaux, nous pensons que l’impact du trafic maritime côtier y est pour beaucoup. En effet, le trafic maritime côtier en méditerranée nord-occidentale est de plus en plus dense, et représente un dérangement important pour les cétacés, tant au niveau physique (risque de collision) que sonore. A cela peuvent se rajouter d’autres sources de stress sonores tels que la prospection sismique, les sonars, ou les essais militaires réguliers effectués en plein sanctuaire Pélagos.

Augmentation des populations de Rorquals Communs et de Diables de Mer

Notre étude révèle enfin une augmentation des effectifs de Rorquals communs et de Diables de Mer (raie Manta) en méditerranée nord-occidentale, entre 2009 et 2020. Ces tendances, bien que non-significatives, peuvent paraître de prime abord positives, considérant que ces espèces sont respectivement considérées par l’IUCN comme « vulnérables » et « en danger » en mer méditerranée.

Ces résultats peuvent être dû à une augmentation de la natalité ou à une baisse de la mortalité, mais il peuvent surtout être la conséquence d’un déplacement des populations de ces deux espèces depuis d’autres régions de la mer méditerranée vers la partie nord occidentale, probablement parce que la nourriture y est plus abondante et/ou qualitative qu’ailleurs.

Ces deux espèces se nourrissent principalement de plancton et dépendent ainsi directement de la production primaire et des cycles climatiques. Il est probable que l’évolution du nombre de Rorquals Communs et de Diables de Mer soit le reflet d’un changement plus global (climatique) en mer méditerranée.

Succès des sciences participatives

Les analyses et les résultats obtenus à partir de nos campagnes de collectes de données en mer indiquent clairement le grand potentiel des sciences participatives et leur apport pour la connaissance et la préservation de la biodiversité. La contribution des citoyens à l’effort d’observation en mer permet, comme dans le cas de cette étude, d’obtenir des résultats significatifs, basés sur une étude empirique et une méthodologie standardisée.

A la vue de ces résultats, il nous semble nécessaire que des moyens complémentaires soient donnés pour poursuivre le suivi des populations d’espèces sensibles en méditerranée nord-occidentale pour mieux comprendre les facteurs environnementaux qui les impactent et ainsi mieux adapter les mesures de gestion.

Cybelle Planète tient à remercier chaleureusement les 1250 bénévoles qui ont contribué au programme, ainsi que nos partenaires scientifiques, EcoOcéan Institut et le CEFE-CNRS. Enfin, rien n’aurait été possible sans le soutien financier de la Région Occitanie, du Ministère de la transition Ecologique, de la Fondation MAVA, et de Eurovoiles.

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